
Une aire à protéger dans les monts Chic-Chocs de la Réserve faunique de Matane
Troisièmement, il faut rappeler que la Commission d'étude sur la gestion de la forêt publique québécoise (Commission Coulombe) ainsi que de nombreux groupes de protection de la nature recommandent l'établissement d'aires protégées sur 12 [pourcent] de la superficie des provinces naturelles situées en forêt boréale. Il est essentiel de protéger l'unique zone de forêt boréale continue située au sud du Saint-Laurent et dont les monts Chic-Chocs constituent le coeur. De plus, il s'agit en bonne partie de forêts anciennes.
Quatrièmement, nous croyons que l'établissement d'une telle aire protégerait la santé des écosystèmes aquatiques dans les trois bassins versants concernés. Le plan d'aménagement quinquennal 2008-2013 des industriels forestiers pour la Réserve faunique de Matane prévoit d'accroître la récolte de bois en terrain à forte pente. Les coupes programmées auront certainement comme effet négatif d'augmenter la quantité de sédiments provenant de ces terrains. Cette activité risque d'être à l'origine d'une érosion qui surchargera en sédiments les frayères, telles celles du saumon, de la truite et de toute autre espèce se reproduisant dans la rivière Matane.
Nous savons que la tendance de la force des crues et de l'érosion est à la hausse sur la rivière Matane depuis le début de l'exploitation industrielle de la forêt dans son bassin versant. Les courbes de l'évolution des débits de crue de la rivière Matane montrent que le niveau moyen des crues a augmenté de plus de 32[pourcent] depuis 1968. Le Plan de mise en valeur du potentiel salmonicole de la rivière Matane souligne que l'hydrologie de la rivière a probablement été affectée par les différentes opérations forestières du passé et que les coupes de bois intensives peuvent être une cause de l'augmentation des crues printanières (La Société de gestion de la rivière Matane (SOGERM) 1992. Plan de mise en valeur du potentiel salmonicole de la rivière Matane. 102 pp).
Cinquièmement, l'aire protégée proposée abrite plusieurs espèces menacées :
Ce territoire est le domaine de l'Aigle royal, désigné «espèce vulnérable» en vertu de la Loi sur les espèces menacées ou vulnérables du Québec. Quatre couples nicheurs de cette espèce se retrouvent dans l'aire projetée.
Autre espèce classée vulnérable au Québec depuis 2005, le Pygargue à tête blanche y est régulièrement observé.
Le Comité sur la situation des espèces en péril au Canada (COSEPAC) et la province de la Nouvelle-Écosse ont inscrit sur leur liste la Grive de Bicknell comme espèce préoccupante, ce qui signifie que celle-ci possède des caractéristiques qui la rendent particulièrement vulnérable aux activités anthropiques ou aux phénomènes naturels. Difficile à observer et à entendre, la Grive de Bicknell a fait l'objet de très peu d'études au Québec. On sait qu'elle niche en altitude, dans des montagnes densément boisées et difficilement accessibles. Un inventaire datant de juin 2009, organisé et réalisé par des ornithologues professionnels, a permis d'observer pas moins que 15 individus répartis sur les monts Pointu, Blanc et Bayfield.
Certains lacs de tête de la Réserve sont utilisés par Garrot d'Islande pour la reproduction. Selon la COSEPAC, la population de l'Est de cette espèce est en situation préoccupante (Comité sur la situation des espèces en péril au Canada. 2007. Espèces canadiennes en péril. http://www.cosepac.gc.ca/fra/sct0/rpt/dsp_booklet_f.htm).
La population gaspésienne du Caribou des bois, classée en voie de disparition, utilise fréquemment le secteur est de l'aire ciblée, situé entre le Mont Logan et la Rivière Cap-Chat. Ce territoire renferme aussi l'habitat de la Musaraigne de Gaspé, une espèce rare mais n'étant pas classée «en péril» par la COSEPAC.
Une récente étude de l'Université de Sherbrooke a documenté la présence du Couguar au Mont Blanc. Le Couguar a disparu presque complètement de l'Est du pays (Service canadien de la faune. Faune et flore du pays. http://www.ffdp.ca/hww2_f.asp?id=87).
Sur le plan floristique, selon le Centre de données du patrimoine naturel du Québec (CDPNQ) du ministère du Développement durable, de l'Environnement et des Parcs (MDDEP), la flore du territoire compte également plusieurs espèces rares, susceptibles d'être désignées comme menacées ou vulnérables, parmi eux : l'Arnica à aigrette brune (Arnica lanceolata ssp. lanceolata), Le Chardon des montagnes (Cirsium muticumvar. monticolum), la Dryoptère fougère mâle (Dryopteris filix-mass ssp. brittonii), la Gnaphale de Norvège (Omalotheca norvegica), le Pâturin de Fernald (Poa laxa ssp. fernaldiana), la Saxifrage de Gaspésie (Micranthes gaspensis), l'Antennaire en coussin (Antennaria rosea ssp. pulvinata), l'Arabette à fruits réfléchis (Boechera retrofracta), la Fétuque de l'Altaï (Festuca altaica), la Sabline à grande feuille (Moehringia macrophylla) et le Polistic faux-lonchitis (Polystichum lonchitis).
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